❌ Erreur n°6
Oublier de se verser une rémunération… ou le faire n’importe comment
« Je ne me verse rien pour l’instant, je réinvestis tout dans l’entreprise. »
« J’ai besoin de liquidités ce mois-ci, alors je me fais un virement. »
🧮 Ce sont des décisions qui semblent anodines… mais qui peuvent avoir des conséquences sérieuses, tant sur le plan fiscal, juridique que comptable.
Pourquoi c’est un enjeu
Le dirigeant est souvent le dernier à se rémunérer. Par souci de prudence, ou parce qu’il ne sait pas trop comment faire.
Et quand il le fait, c’est parfois sans cadre clair : il fait un virement à lui-même, sans savoir s’il s’agit :
- d’un salaire ?
- d’un dividende ?
- d’un remboursement de frais ?
- d’un prélèvement en compte courant ?
Or ces distinctions ont un impact direct sur :
- 📜 le droit (protection sociale, URSSAF, règles légales),
- 💶 la fiscalité (impôt sur le revenu, charges sociales),
- 📘 la comptabilité (et donc les comptes annuels, le résultat, la trésorerie).
💡 Se rémunérer, c’est normal
Même si vous êtes « au lancement » ou « encore en phase de croissance » :
- Vous travaillez.
- Vous apportez de la valeur.
- Vous engagez votre responsabilité.
Il est donc légitime d’en être rémunéré, à condition de le faire correctement.
🧾 Quelles options pour vous rémunérer ?
Le mode de rémunération dépend du statut juridique de votre société et de votre propre statut en tant que dirigeant (TNS, assimilé salarié, gérant minoritaire, etc.).
Les principales options :
Mode | Statut | Fiscalité | Charges sociales | Fréquence |
Rémunération de gérance | Gérant (SARL/EURL) | IR (catégorie traitements & salaires) | Oui (URSSAF – régime TNS) | Mensuelle ou trimestrielle |
Salaire (président SAS/SASU) | Assimilé salarié | IR (idem salarié) | Oui (cotisations classiques) | Mensuelle (fiche de paie obligatoire) |
Dividendes | Associé | IR (ou PFU 30%) | Parfois charges sociales (selon % de parts + statut) | 1 fois par an (après AG et affectation du résultat) |
Remboursement de frais | Tous statuts | Non imposable (si justifié) | Non soumis à cotisations | Au fil de l’eau |
Prélèvement en compte courant | Associé | Aucun effet fiscal immédiat | Aucune charge | Libre, mais suivi obligatoire |
🔎 Ce n’est pas la forme du virement bancaire qui détermine la nature du prélèvement.
C’est le traitement juridique et comptable que vous en ferez, avec votre expert-comptable.
🚨 À ne surtout pas faire : un compte courant d’associé débiteur
Lorsqu’un gérant effectue des prélèvements personnels supérieurs à ce qu’il peut légitimement percevoir (salaire, frais, dividendes), cela crée un compte courant d’associé débiteur.
Autrement dit :
- Au lieu que la société doive de l’argent à son gérant, c’est le gérant qui devient débiteur de la société.
- Ce n’est plus la société qui est financée par son dirigeant, mais le dirigeant qui est financé par la société.
⚠️ Et cela est formellement interdit !
Car cela revient à assimiler la société à une banque, qui prêterait de l’argent à son dirigeant.
Or l’activité bancaire est strictement réglementée en France.
⚖️ Et les sanctions ne sont pas symboliques…
- Ce n’est pas une simple pénalité fiscale.
- Ce n’est pas une majoration d’IS.
- C’est un délit pénal : abus de biens sociaux, voire exercice illégal de l’activité de banque.
👉 Et cela peut mener à de lourdes sanctions personnelles (amende, interdiction de gérer, voire emprisonnement).
Ce que nous recommandons
- Mettre en place un cadre clair et adapté à votre activité et votre statut.
- Suivre précisément tous les versements personnels : salaires, frais, dividendes, remboursements.
- Refuser toute logique de « je pioche dans la caisse ».
- Et surtout : ne jamais se payer plus que ce à quoi on a droit.
💬 En cas de doute, parlez-en avec votre expert-comptable avant le virement. Il est là pour vous protéger – y compris de vous-même.
L’astuce de l’expert
- Se rémunérer, c’est normal. Mais cela doit être traçable et encadré.
- Tout versement non justifié crée un risque juridique majeur.
- Un compte courant d’associé débiteur, c’est interdit : la société ne peut pas vous financer.
- L’administration ne plaisante pas avec ce sujet : les sanctions sont pénales, pas seulement financières.
- La clé, c’est l’anticipation : plus tôt vous posez la question, plus on évite les mauvaises surprises.